Les cultes et fétiches liés au vodou ont souvent fasciné les artistes contemporains qui furent nombreux à venir y puiser leur inspiration (Jean-Michel Basquiat, Pascale Marthine Tayou ou Barthélémy Toguo pour ne citer qu’eux). Comme certains, j’ai eu l’occasion d’observer – dans un même espace d’exposition – l’association d’oeuvres d’art contemporain et d’objets ethnographiques, parfois même vodou. Ceux qui ont visité ce type d’exposition ont pu percevoir les connivences et les interactions qui peuvent se produire entre ces deux formes d’expression artistique dès lors qu’elles sont mises au contact l’une de l’autre.

Christine Sefolosha a passé neuf ans en Afrique du Sud. Elle y a découvert l’art et les coutumes Zoulous, Shagaans et Ndebeles, entre christianisme et tradition animiste. La peinture de Christine Sefolosha se découvre à la manière d’un voyage initiatique. La réalité exprimée dans sa peinture est peuplée de personnages fantasmagoriques nés de son imagination. Les figures de Christine Sefolosha sont des fantômes saisis aux moments critiques de leurs apparitions déliquescentes, et balançant déjà au seuil de leurs évanouissements. En ce sens, le motif récurrent du cargo dans les toiles de l’artiste a ici une double fonction. Il est avant tout une figure d’intercession que le spectateur peut emprunter pour traverser l’univers mental de l’artiste. Il est aussi le rappel que l’océan fut, pendant plusieurs siècles, le théâtre d’une déportation humaine massive qui permit à la traite négrière de s’étendre vers différents continents. Christine Sefolosha dévoile les entrailles obscures de l’homme et de son histoire, là où l’animalité nous est restée familière.

Sans jamais travestir leurs pratiques ou leurs modes de représentations, Christine Sefolosha et Laurence Demaison nous livrent un regard intime sur l’univers du vodou et les liens qu’elles peuvent entretenir avec. De cette rencontre naissent des mondes en image où il est question de métaphysique et de chamanisme, de transe et d’élévation, d’humour et d’abîme, de vie et de deuil. Christine Sefolosha et Laurence Demaison ont su exposer, au sein de la galerie Chantal Bamberger, l’allégorie cachée d’un décollement de la vie dans l’image : une mystique à l’oeuvre qui nous fait nous interroger sur la pathologie même de ce que l’on nomme aujourd’hui une image contemporaine.

D’après le texte deThibault Honoré
2014 Vodou !
Commissaire général de la manifestation « Hémisphères vodous »<br

Vaudou

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